Mais, mesdames et messieurs du jury, avant de me condamner, sachez que j'ai des circonstances atténuantes... laissez moi vous raconter.
La scène se déroule en 1995 et j'étais à l'époque un lycéen jeune et naïf de 17 ans. Avec les élèves de la classe nous avions effectué une sortie au restaurant un soir avec la présence de quelques profs. A la fin du repas, l'un de mes camarades de classe sort de sa poche un cigare sous cellophane. Il l'allume et semble se délecter de cette merveilleuse fumée. L'un des profs goûte son cigare et dit: "Très bon cigare". Si une telle autorité avait affirmé que le cigare était bon, alors je pouvais essayer ce cigare les yeux fermés. Ayant un peu honte, j'avais juste regardé la marque, histoire d'en acheter une fois et de me le fumer bien peinard tout seul, à l'abri des regards indiscrets... et vous allez voir de quelle manière. Cette fameuse marque était Henri Wintermans... on va tout de suite le dire, c'est de la grosse merde.
Mais moi, à l'époque, je ne le savais pas! Donc quelques temps après je vais m'acheter ces fameux cigares, vendus en paquet de 5. J'avais profité d'un week end d'absence de mes parents, m'était mis à la fenêtre et c'était parti... pas pour longtemps. Sentant l'odeur, mes deux frères débarquent dans ma chambre. Comme un con, si j'avais bien pensé à me mettre à la fenêtre, je n'avais pas pensé que le cigare pouvait sentir autant... Oui, papa et maman, si vous lisez ces lignes, vous découvrez cette histoire... et le terrible secret que je porte depuis... justement, depuis ma mère fume parfois le cigare avec moi, y'a donc eu pas mal de changement. Je suppose que ces cigares devaient être totalement dégueulasses car le seul souvenir que j'ai est d'avoir passé mon temps à cracher.
La seconde tentative aura lieu bien des années après. Je suis étudiant, mon propre appartement, et l'idée me titille à nouveau de téter du barreau de chaise. Si tant de gens de bon goût aime ça, c'est que doit y avoir un truc là dedans de pas si mauvais. Me revoilà donc au bureau de tabac pour faire mon choix. Ce choix se portera d'ailleurs sur les cigares Villiger, cigare suisse au tabac de Sumatra... pourtant, rien que ça, ça aurait du me mettre la puce à l'oreille... Je vous l'ai dit, j'étais jeune et naïf (qui a dit con?). Cette fois-ci, aucun risque de voir débarquer quelqu'un. J'ouvre le paquet (oui, c'est encore vendu en paquet de 5), et toujours les cigares sous cello. Une précision importante, ces cigares, comme les Wintermans, étaient déjà coupés... je l'ai appris depuis, c'est pas un bon signe. Il semble que depuis, les Villiger ne le soient plus, mais j'ai pas vérifié. Au fait, pourquoi les cigares sont donc bouchés à un bout? Çà c'est une question qu'elle est bonne! Comme je l'ai écrit avant les cigares sont des éponges à goût, mais autant ça capte rapidement les odeurs, autant ça les évacue rapidement. Donc maintenant on imagine un cigare ouvert des deux côtés, l'air peut circuler et au bout de quelques temps, les saveurs partir dans cette circulation. La solution: suffit de boucher d'un côté... en tout cas, c'est l'explication que l'on m'a donné... mais si vous en avez une autre... Celle ci me plait bien car elle est logique. Revenons-en aux Villiger. Je suppose qu'il n'est pas la peine de préciser que ces cigares n'ont jamais été conservé à un taux d'humidité convenable, d'ailleurs même avec, qu'est ce que ça aurait changé? J'allume et là... Oh mon Dieu! Quel plaisir! Quelle joie! Cette petite saveur de noisettes grillées, de pain grillée, de foin grillé, de bois (de cagette) grillé.... de feuilles grillés... de tabac grillé.... du grillé de grillé. Ce qui est drôle c'est que sur leur site, y'a écrit pour ces cigares dits "Premium" la phrase "Pour épicuriens exigeants"... ça doit être à prendre au second degré, je vois pas comment on peut le prendre autrement. Courageux que je suis, j'en ai tout de même racheté deux fois (oui, là on peut retirer le "naïf" et le remplacer par "con"). Ce sont dans les erreurs que l'on apprend, et grâce à moi, tu éviteras sans doute ces fautes de débutants... ou alors tu te sentiras moins seul de ne pas avoir été la seule personne à t'y prendre comme ça.
Certains ont eu plus de chance que moi et ont été initié par un père, un grand-père, un oncle, un ami de la famille... moi, c'est tout seul que j'ai du faire mon début d'éducation.
Le tournant finalement fut mon arrivée sur Paris (enfin un vrai choix de cigares!), et internet... source d'information quasi inépuisable.
En espérant votre indulgence...
"Les évangiles ça reste l'histoire d'un fils de charpentier, devenu charpentier et qui en essayant d'échapper à sa condition de charpentier finit cloué sur une planche, nous enseignant que l'on n'échappe pas à son destin." Le Dalai-lama à Jean-Paul II